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Quand ils nous quittent

4 sept.
5 min de lecture

Le dernier chapitre d'une vie partagée n'est pas la fin de l'histoire


Lorsqu'un chien entre dans notre vie, une vérité silencieuse l'accompagne.

Nous savons qu'un jour, probablement, il partira avant nous.

Nous le savons dès le début.

Et pourtant, nous ouvrons la porte.

Puis, très vite, nous ouvrons notre cœur.

Entre ces deux moments, l'arrivée et le départ, il y a une vie.

Une vie faite de promenades, de rituels, de regards, de petites habitudes parfois insignifiantes pour les autres et tellement précieuses pour nous.

Il y a cette place particulière sur le canapé.

Le bruit de ses pas dans la maison.

Sa façon de nous regarder lorsque nous préparons son repas.

Le chemin qu'il préfère prendre en promenade.

Une truffe qui vient chercher notre main.

Une présence tellement familière que nous finissons presque par oublier qu'un jour elle nous manquera.

Le temps entre les deux

Nous parlons beaucoup de ce que nous apportons à nos chiens.

Un foyer.

Des soins.

De la sécurité.

Des promenades.

De l'amour.

Mais ce serait oublier tout ce qu'ils nous donnent en retour.

Parce qu'un chien ne partage pas simplement notre quotidien.

Il nous emmène quelque part.

Il nous porte et nous transporte vers des contrées que seuls lui et nous connaissons.

Chaque relation possède son propre territoire.

Celui que j'ai partagé avec un chien ne sera jamais exactement celui que je partagerai avec un autre.

Avec l'un, j'aurai appris la patience.

Avec un autre, la confiance.

Un autre encore m'aura appris à ralentir, à observer, à rire davantage ou simplement à profiter d'un rayon de soleil sans me demander ce que je devrais être en train de faire.

Ils nous accompagnent pendant une partie de notre chemin.

Et, sans que nous nous en rendions toujours compte, ils nous transforment.


Puis vient le départ

Parfois après une longue vieillesse.

Parfois après une maladie.

Parfois brutalement.

Et parfois, avec cette terrible responsabilité qui nous appartient : décider que l'amour consiste désormais à laisser partir.

Je ne sais pas si nos chiens choisissent véritablement le moment où ils nous quittent.

Mais j'aime penser qu'il existe, quelque part dans cette relation construite au fil des années, un dernier dialogue.

Parfois nous savons.

Nous voyons un regard différent.

Un corps fatigué.

Une envie qui s'éteint.

Et nous comprenons ce qu'aucun mot ne pourrait nous dire.

Alors arrive probablement l'un des actes d'amour les plus difficiles qui soient :

accepter que notre désir de les garder ne doit pas devenir une raison de les retenir.

Et après...

Il y a le silence.

La maison n'a plus le même son


C'est peut-être cela qui surprend le plus.

Le vide possède une présence extraordinaire.

On continue parfois à regarder l'endroit où se trouvait son panier.

On croit entendre ses pas.

On se retourne.

Pendant quelques secondes, certains gestes continuent d'exister avant que notre esprit ne se rappelle qu'ils ne sont plus nécessaires.

Et il n'existe pas de bonne manière de vivre cette absence.

Certains auront besoin de parler.

D'autres de silence.

Certains garderont longtemps le panier à sa place.

D'autres auront besoin de le ranger immédiatement.

Certains ne pourront pas imaginer accueillir un autre chien.

D'autres ressentiront très vite le besoin d'une présence canine dans leur maison.

Aucune de ces réactions ne mesure l'amour que nous portions à celui qui est parti.

Le deuil n'est pas une preuve à fournir.


Et puis, parfois, un autre arrive

Il existe une phrase que l'on entend souvent :

« Je ne veux pas reprendre de chien. Je ne pourrais pas le remplacer. »

Et c'est vrai.

On ne remplace pas un chien.

Comment pourrait-on remplacer une relation unique ?

Le suivant ne prendra jamais sa place.

Il en créera une autre.

Son arrivée ne gomme pas l'histoire précédente.

Elle en commence une nouvelle.

Et peut-être existe-t-il une autre manière de regarder cette nouvelle rencontre.

Le départ d'un chien peut, un jour, permettre à un autre de découvrir à son tour ce que signifie être aimé, protégé, écouté, choyé.

Non pas à la place de celui qui est parti.

Mais, quelque part, grâce à tout ce qu'il nous a appris.

Car nous n'accueillons jamais le suivant exactement comme nous avions accueilli le précédent.

Nous avons changé.

Nous savons davantage.

Nous observons autrement.

Nous avons appris de nos erreurs.

Nous avons découvert une autre manière d'aimer.

Celui qui est parti participe donc, d'une certaine façon, à la vie de celui qui arrivera après lui.


Ils continuent à marcher avec nous

Je crois que c'est peut-être cela que j'aimerais dire à ceux qui pleurent encore un compagnon disparu depuis quelques semaines, quelques mois ou plusieurs années.

Les chemins partagés ne s'effacent pas.

Ils deviennent une partie de nous.

Nos chiens continuent à exister dans certaines décisions que nous prenons.

Dans notre manière d'observer le suivant.

Dans une précaution que nous n'aurions pas prise autrefois.

Dans une liberté que nous osons désormais accorder.

Dans notre patience.

Dans notre confiance.

Dans notre façon d'aimer.

Ils ne marchent plus physiquement à nos côtés.

Mais ils ont participé à dessiner la personne qui continue le chemin.

Et lorsque, un jour, un nouveau compagnon apparaît, il ne rencontre pas seulement l'humain que nous sommes.

Il rencontre aussi un peu de tous ceux qui sont passés avant lui.

Alors peut-être que la fin d'une vie partagée n'est pas tout à fait la fin d'une histoire.

C'est un chemin qui se poursuit autrement.

Avec une absence, bien sûr.

Avec des souvenirs qui parfois font sourire et parfois font encore pleurer.

Mais aussi avec tout ce que cet être nous a transmis.

Et lorsqu'un autre chien vient un jour poser ses pattes sur notre chemin, il nous emmène vers de nouvelles contrées.

D'autres mondes.

D'autres rêves.

Une histoire qui ne ressemblera à aucune autre.

Nous ne la vivrons pourtant pas seuls.

Quelque part en nous marchent encore ceux qui nous ont appris le chemin.


Le chien qui vient après ne prend pas la place de celui qui est parti.Il rencontre la personne que celui-ci a contribué à faire de nous.

l'amour précédent n'est pas effacé. Il voyage avec nous.

C'est peut-être ça, le départ : non pas apprendre à laisser derrière soi, mais apprendre à continuer avec. 💕🐾


Ceux qui ont marché avec moi

Si j'écris ces mots aujourd'hui, ce n'est pas seulement en pensant aux chiens que j'accompagne ou aux personnes qui traversent leur absence.

Je pense aussi à ceux qui ont partagé ma propre vie.

Spirou, Pluche, Pillule, Niyra, Ailpha, Vyona, Max, Kali et Fofo.

Neuf noms.

Neuf histoires.

Neuf compagnons qui, chacun à leur manière, ont laissé une empreinte sur mon chemin et participé à faire de moi celle que je suis aujourd'hui.

De certains, il me reste peu de photographies. Ils ont partagé ma vie à une époque où nous ne gardions pas des centaines d'images de chaque instant.

Mais peut-être n'en avons-nous pas besoin.

Il existe des souvenirs qu'aucun appareil n'a capturés et que le temps n'a pourtant jamais réussi à effacer.

Des regards.

Des habitudes.

Des moments minuscules.

Une façon de marcher à mes côtés.

Une présence.

Et puis Kali et Fofo.

Deux sœurs Leonberg, les dernières de cette longue liste à m'avoir quittée. Ce sont leurs photos qui accompagnent cet article.

Pas parce que leur histoire compte davantage que celle des autres.

Mais parce qu'elles sont les derniers visages d'un chemin commencé bien avant elles.

Lorsque je regarde leurs photos, je ne vois d'ailleurs pas seulement Kali et Fofo.

Quelque part derrière elles marchent aussi Spirou, Pluche, Pillule, Niyra, Ailpha, Vyona et Max.

Ils ne sont plus dans ma vie.Ils sont dans ce qu'elle est devenue.

Et chaque chien qui partage aujourd'hui mon chemin rencontre forcément quelque chose d'eux.

Une leçon apprise.

Une erreur que je ne reproduirai peut-être plus.

Une attention différente.

Une manière d'aimer qui a évolué.

Car aucun d'eux n'a été remplacé.

Ils ont simplement été, les uns après les autres, des chapitres différents d'une même histoire qui continue de s'écrire.



 
 
 

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