Une comportement n'est pas une identité ...

Un chien de refuge arrive chez vous : observez avant de conclure
Derrière la peur, la réserve ou l'agitation des premiers jours se trouve un chien que vous ne connaissez pas encore.
Lorsqu'un chien de refuge arrive dans une famille, nous avons naturellement envie de savoir qui il est.
Est-il sociable ? Craintif ? Joueur ? Affectueux ? Indépendant ? Obéissant ? Peut-il vivre avec des chats ? Aime-t-il les hommes ? Les enfants ? Les autres chiens ?
Nous cherchons des réponses.
C'est compréhensible.
Nous venons d'accueillir un nouvel être dans notre quotidien et nous avons besoin de repères.
Pourtant, dans les premiers jours, peut-être devrions-nous accepter de remplacer certaines réponses par une phrase beaucoup plus simple :
Je ne sais pas encore.
Parce que le chien qui vient d'arriver n'est pas nécessairement le chien que nous connaîtrons quelques semaines plus tard.
Arriver, c'est déjà énormément
Imaginons un instant ce que représente une adoption pour un chien venant d'un refuge.
Un lieu disparaît.
Des odeurs disparaissent.
Des humains disparaissent.
Parfois des congénères avec lesquels il vivait disparaissent également.
Puis viennent le transport, une nouvelle maison, de nouveaux bruits, de nouvelles règles, de nouvelles personnes, parfois une langue différente et tout un environnement qu'il faut décoder.
Même lorsque ce changement mène vers une vie merveilleuse, il reste un bouleversement.
Certains chiens se replient.
D'autres s'agitent.
Certains dorment énormément.
D'autres semblent incapables de dormir.
Certains recherchent immédiatement le contact humain tandis que d'autres ont besoin de temps avant d'oser s'approcher.
Aucune de ces réactions ne raconte encore toute leur personnalité.
Elle nous dit surtout :
voilà comment ce chien réussit à faire face, aujourd'hui, à ce qu'il est en train de vivre.
Observer plutôt qu'étiqueter

Malia m'en a récemment offert une très belle illustration.
Cette jeune chienne de deux ans, arrivée d'Espagne quelques semaines auparavant, est venue passer dix jours chez moi.
Lors de nos premières promenades, les vélos lui faisaient peur.
Les premiers cyclistes croisés provoquaient immédiatement une réaction d'inquiétude.
J'aurais pu en conclure :
Malia a peur des vélos.
C'était vrai.
À cet instant précis.
Mais quelques vélos plus tard, quelque chose avait déjà changé.
Elle ne cherchait plus seulement à s'en éloigner.
Elle les regardait passer.
Puis, quelques jours plus tard, elle pouvait rester tranquillement sur le chemin après leur passage et aller humer les odeurs qu'ils avaient laissées derrière eux.
La menace était devenue une source d'informations.
Je ne lui avais pourtant pas appris à ne plus avoir peur des vélos.
Je lui avais simplement laissé le temps de les observer, à une distance qu'elle pouvait gérer, sans lui demander de s'en approcher.
La peur avait progressivement laissé suffisamment de place à la curiosité.
Une réaction n'est pas une identité
Les hommes étaient une autre histoire.
Un jour, mon voisin a traversé la rue pour venir nous saluer.
Malia était terrorisée.
Elle tremblait de tout son corps.
Il aurait été facile d'inscrire mentalement une nouvelle étiquette :
peur des hommes.
Quelques jours plus tard, Jean-Marc est venu chercher son chien Ubac, qui passe régulièrement une journée en pension chez moi.
Nous nous préparions justement à partir en promenade.
Jean-Marc nous a accompagnés.
Personne n'a demandé à Malia d'aller lui dire bonjour.
Personne n'a essayé de lui prouver qu'il était gentil.
Elle pouvait simplement marcher.
Observer.
Choisir sa distance.
Au fil de la promenade, elle s'est rapprochée.
Puis elle est venue se placer entre lui et moi.
Elle marchait à côté de cet homme qu'elle connaissait à peine.
Ce n'était peut-être pas encore de la confiance.
Mais ce n'était déjà plus de la panique.
Et surtout, c'était son choix.
La capacité d'adaptation est parfois extraordinaire
En dix jours, j'ai vu Malia réévaluer de nombreuses choses.
Pas parce qu'on les lui avait expliquées.
Parce qu'elle avait eu la possibilité de les expérimenter dans un environnement où elle se sentait suffisamment en sécurité.
C'est peut-être l'une des choses les plus fascinantes chez les chiens : leur capacité à recueillir de nouvelles informations et à modifier progressivement leur perception du monde.
Cela ne signifie évidemment pas qu'une peur disparaît définitivement après quelques expériences positives.
Le prochain vélo peut arriver trop vite.
Le prochain homme peut avoir une démarche, une voix ou une attitude qui l'inquiète à nouveau.
L'évolution n'est pas une ligne droite.
Mais chaque expérience vécue sans catastrophe ajoute une information nouvelle.
Et peu à peu, le monde devient plus lisible.
Et parfois, le lien se construit très vite
Ce qui rendait Malia particulièrement intéressante à observer, c'était le contraste.
Cette jeune chienne capable de paniquer face à un inconnu pouvait créer très rapidement un lien extrêmement fort avec un humain qu'elle avait choisi.
Dès son premier jour chez moi, elle est venue se coucher sur le canapé à côté de moi.
Elle venait me rejoindre lorsque j'étais au lit.
Très rapidement, ma proximité ou certaines places près de moi ont même pris suffisamment de valeur pour qu'elle tente parfois d'en contrôler l'accès face aux autres chiens.
La chienne extrêmement méfiante et la chienne pot de colle étaient pourtant exactement la même Malia.
L'une n'annulait pas l'autre.
Elles nous racontaient simplement différentes facettes d'un même individu.
Lui laisser le temps de nous montrer qui il est
Lorsque nous adoptons un chien, nous recevons souvent son histoire avec quelques mots.
"Craintif."
"Sociable."
"Très gentil."
"Indépendant."
"Énergique."
"OK chiens."
Ces informations peuvent être utiles.
Mais elles ne sont qu'une photographie prise à un moment précis, dans un environnement précis.
Le chien continuera à évoluer.
Et c'est peut-être l'un des plus beaux aspects de l'adoption : nous n'accueillons pas un personnage déjà écrit.
Nous rencontrons un individu.
Nous allons découvrir ce qui le rassure, ce qui l'inquiète, ce qui l'amuse, les relations qu'il recherche, les distances dont il a besoin, ses talents inattendus et parfois même des facettes que personne n'avait encore eu l'occasion de voir.
Alors, pendant ces premières semaines, observons.
Sans vouloir immédiatement tout tester.
Sans provoquer une situation simplement pour "voir comment il réagit".
Sans transformer chaque comportement en trait de caractère définitif.
Créons plutôt des conditions dans lesquelles il peut prendre de l'information, faire des choix et construire progressivement ses propres repères.
Parce qu'un chien qui arrive chez nous ne nous montre pas immédiatement tout ce qu'il est.
Il nous montre d'abord ce qu'il est capable d'être dans les conditions que nous lui offrons.
Et si nous lui donnons du temps, de la sécurité et suffisamment d'espace pour observer le monde...
il pourrait bien nous surprendre.






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